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Comprendre la science des dépendances : comment notre cerveau se reprogramme
17 novembre 2025
Pour la plupart d’entre nous, le mot dépendance fait penser à la consommation de drogues (substances), y compris à l’alcool. Or, la dépendance peut aussi être liée à certaines activités : jeux d’argent, jeux, magasinage, alimentation, sexualité, médias sociaux, exercice physique et même travail. C’est ce que l’on appelle les dépendances comportementales ou sans substance. Lorsqu’une personne continue à consommer des substances ou à adopter des comportements de façon compulsive (c’est-à-dire, avec une forte impulsion, souvent irrésistible) malgré les conséquences négatives, elle est probablement aux prises avec une dépendance.
La dépendance n’est pas un choix. Souvent, la substance ou le comportement devient un moyen de combler des besoins émotionnels fondamentaux que la personne ne se sent pas capable de satisfaire autrement ou ne sait pas comment y parvenir. De nombreuses études démontrent un lien fort entre les traumatismes et la dépendance. Par conséquent, il est plus pertinent de chercher les causes de la douleur plutôt que celles de la dépendance[1].
Qu’il s’agisse de drogues, de jeu, de pornographie ou d’autres comportements, les mêmes mécanismes s’activent dans le cerveau et le corps.
Au fond, la dépendance apparaît lorsque quelque chose qui procurait du bien-être commence à poser des problèmes. La consommation de substances ou le comportement devient un besoin pour se sentir bien, même si cela finit par nuire. C’est aussi physique que psychologique. Alors, comment s’installent les dépendances?
Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque nous faisons quelque chose d’agréable?
La dépendance est influencée par des changements dans les mécanismes de motivation et de récompense du cerveau. Deux systèmes naturels de signalisation jouent un rôle clé dans la récompense et la motivation : les systèmes endocannabinoïde et opioïde. Lorsque ces systèmes de signalisation sont activés de manière répétée, comme c’est le cas avec la consommation de nombreuses drogues, les mécanismes de motivation et de récompense du cerveau changent[2].
Ces changements sont en partie liés à la libération de dopamine. La dopamine, un neurotransmetteur (messager chimique), est une hormone qui provoque un effet calmant et relaxant et qui joue un rôle dans l’activation des zones de plaisir du cerveau. Pour sa part, le cerveau est programmé pour faire des choses qui libèrent la dopamine.
Avec le temps, à force de consommer une substance ou de répéter un comportement, une adaptation physique, mentale ou comportementale peut avoir lieu afin de rechercher davantage les récompenses déclenchées par la consommation ou le comportement. Nous avons besoin de la sensation agréable que nous avons ressentie, ce qui nourrit le désir de répéter le comportement. Avec le temps, le cerveau développe une tolérance à la substance ou au comportement. Il lui en faut donc davantage pour obtenir le même état de récompense. Certaines substances et activités procurent des récompenses si fortes qu’elles modifient les voies neuronales du cerveau, ce qui amène les personnes à accorder la priorité à la recherche de récompenses avant tout le reste[3].
Un cerveau reprogrammé rend l’arrêt difficile, même lorsque la volonté est présente
Chez une personne vivant avec un trouble de l’usage de substances, les changements dans les voies neuronales peuvent rendre les sensations accrues de bien-être engendrées par la consommation plus importantes que la satisfaction d’autres besoins physiologiques, tels que manger ou dormir3. Les zones du cerveau responsables de la prise de décision et du contrôle des impulsions s’altèrent, ce qui rend difficile l’arrêt de la consommation, peu importe la volonté de la personne3.
Le même mécanisme de récompense du cerveau est responsable des autres dépendances. Les dépendances aux activités amènent aussi la personne à accorder la priorité à l’activité sur d’autres aspects de sa vie, et à poursuivre, voire à intensifier, le comportement en dépit des conséquences négatives[4].
Peu importe la nature de la dépendance, les conséquences sont graves. Parce que les dépendances sont fortement stigmatisées, les gens cachent souvent leur comportement, ressentent de la culpabilité ou de la honte, ou éprouvent des difficultés à se concentrer sur d’autres aspects de leur vie. La stigmatisation et la honte découragent les gens de demander le soutien en santé mentale dont ils ont besoin pour se rétablir d’une dépendance.
Ancrer l’espoir
La bonne nouvelle, c’est que tous les types de dépendance peuvent être traités. Le rétablissement peut inclure le counseling, la thérapie, le soutien par les paires et les pairs, les groupes de soutien, la médication ou les changements dans les habitudes quotidiennes. Il est essentiel que le rétablissement s’attaque aux raisons sous-jacentes qui ont poussé la personne vers une substance ou un comportement en premier lieu. Le plus important est de comprendre que la dépendance est un problème de santé et que les personnes vivant avec une dépendance ont besoin de soutien pour résoudre les problèmes, les douleurs ou les défis sous-jacents.
Connaître la science derrière la dépendance, reconnaître qu’elle peut prendre plusieurs formes et qu’elle peut toucher n’importe qui nous aide à réagir avec empathie plutôt qu’avec jugement. Qu’une personne soit aux prises avec une dépendance à une substance ou à un comportement, elle mérite de la compassion, des soins et du soutien sur son chemin vers le rétablissement.
De l’aide est disponible
Que vous soyez aux prises avec une dépendance ou que vous souteniez une personne qui vit avec une dépendance, vous pouvez obtenir de l’aide.
- Au Québec, visitez le répertoire des ressources par région: https://msss.gouv.qc.ca/repertoires/dependances/.
- Si vous consommez des substances, svp, ne le faites pas seul (Site de consommation supervisé, proches, etc). Ayez quelqu’un avec vous qui pourrait vous aider en cas de besoin. Communiquez avec le NORS. Le Service national d’intervention en cas de surdose est confidentiel, anonyme, sans jugement et disponible en tout temps.
- Vous pouvez aussi trouver des programmes et des services relatifs à la consommation de substances dans votre province ou territoire, sur le site Web de Santé Canada.
[1] Levin, Y., Lev Bar-Or, R., Forer, R., Vaserman, M., Kor, A., & Lev-Ran, S. (2021). The association between type of trauma, level of exposure and addiction. Addictive behaviors, 118, 106889. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2021.106889
[2] Manzanares, J., Cabañero, D., Puente, N., García-Gutiérrez, M.S., Grandes, P., and Maldonado, R. (2018). Role of the endocannabinoid system in drug addiction. Biochemical Pharmacology,157. https://doi.org/10.1016/j.bcp.2018.09.013
[3] Centre canadien sur les dépendences et l’usage des substances. (2021). Connaissances sur l’usage de substances : comprendre les faites scientifiques derrière le trouble lié à l’usage de substances. Surmonter la stigmatisation : apprentissage en ligne. https://www.ccsa.ca/module/stigma-learning-module-2-fr/#/
[4] Hunt, A., Merola, G.P., Carpenter, T. & Jaeggi, A.V. (2024). Evolutionary perspectives on substance and behavioural addictions: Distinct and shared pathways to understanding, prediction and prevention. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 159(). https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2024.105603